Les premières recherches en France

Dans les familles, il y a souvent des histoires qui émaillent le cours du temps.

Dans la nôtre, notre père racontait que sa mère lui avait dit, que son mari Anatole était le fils de Joseph, fils d'un émigré italien.

Ce que disait mon père piqua la curiosité de notre fille Nadège, alors au lycée, qui questionna ses grands parents, consulta les livrets de familles et c'est elle qui commença une généalogie.
Etait alors entré dans la famille, le virus puis la fièvre de la généalogie, maladie encore peu répandue à cette époque.

Nadège ne pouvant se déplacer, nous avons repris le flambeau, allant dans les mairies étudier les registres de l'état civil. C'est ainsi que nous avons retrouvé le mariage de cet ancêtre venu de si loin.


C'est dans un petit village du Gâtinais près de Ferrières que nous avons pu lire ceci:

" Ce jour quatorze juillet mil huit cent trente cinq..... Giuseppe Pacini, tailleur d'habits, né à Lucques en Toscane, fils de Nicolas et Marie Sarvans.....avec Louise Gellet...."

Le mystère était levé, c'était donc vrai, nous descendions bien d'un ancêtre italien, Toscan de surcroît et en plus Lucquois. mais y avait-il encore des cousins ?

Du côté de mon épouse, l'étude de ses familles nous a fait aussi voyager, pour Sa famille paternelle, d'origine Gâtinaise, pas de grands voyages.
Mais sa famille maternelle originaire d'Alsace nous permis lors des vacances d'été d'aller aux archives de Strasbourg, puis de relever les registres de son village natal., La guerre de trente ans nous arrêtera faute d'archives.

Les recherches Gâtinaises faites au gré des possibilités laissées par notre travail et la famille, allèrent bon train. Mais comme tous généalogiste le sait il y a par moments des erreurs de direction, des registres qui manquent et des actes oubliés qui nous font barrage et qu'il faudra retrouver plus tard.

Nous sommes arrivés a la retraite avec la ferme intention de mener au bout, si cela se peut, nos généalogies, et avec l'idée d'aller en Italie pour rechercher la famille de ce Giuseppe.

Recherches en Italie, première campagne,

La retraite enfin venue pour moi et devenu fan d'internet, je passais des journées entières à rechercher tout ce qui pouvait me renseigner sur ce nom de Pacini. Je recherchais tout ce qui pouvais m'aider, adresses d'archives, de paroisses, même de logement, etc...

J'accumulais des pages de renseignements, qui allaient des copies de pages d'annuaire du téléphone qui portaient le patronyme Pacini, aux adresses des campings ou des "bed and breakfast".

C'est ainsi que je m'aperçu que ce nom était très courant en Italie et particulièrement dans cette région, un peu le "Durand" de chez nous.

Les années ont passé, Nadine est venue me rejoindre dans la retraite et le premier projet en dehors des vacances était un voyage en Italie.

Nous avions acheté une petite caravane pour deux, changé notre vieille BX pour un Picasso, étudié le parcours en détail qui allait nous emmener dans le sud de la France.

Profitant de ce voyage, nous avions envisagé de passer voir Claude, ma soeur qui habite Six-Fours dans le var.

Comme nous avions tout notre temps, nous avons décidé de prendre les nationales et non l'autoroute, donc septembre 2006 direction le sud.

Première étape à Tournon en Ardèche et le lendemain arrêt dans un camping de Six-Fours, un peu de repos et visite chez ma soeur.

Retrouvailles, cela faisait pas mal d'années que je ne l'avais vue, puis le lendemain nous repartons direction l'Italie proche.

J'avais voulu prendre la route qui longe la côte pour profiter des paysages magnifiques, bien sûr nous en avons vu, mais l'étroitesse des routes, les traversées de villes et la circulation anarchique nous a pris plus de temps que je ne l'avais pensé.
Ce n'est donc qu'après deux jours que nous sommes arrivés à Torre del Lago, dans le camping que nous avions retenu.

Dans les jours qui suivirent, nous allons repérer les lieux et visiter la ville de Lucques; rien a dire, elle est telle que je l'imaginais, derrière ses remparts de briques roses, imposante.

Quand nous pénétrons par la porte Elisa (soeur de Napoléon 1er) et que nous avançons, découvrant les vieux palais, la vieille porte médiévale via des Fosso, et ses rues fraîches et animées, j'ai l'impression de connaître cette ville que je vois pourtant pour la première fois.

Je me sens a l'aise, après avoir parcouru en tous sens cette ville, vu de belles églises et palais, nous nous décidons de frapper à la porte des archives municipales.

Nous sommes bien reçus et bien que ne parlant pas un mot d'Italien, nous trouvons un ou une interlocutrice qui parle le Français.
Au vu de notre demande, et de la période en question, elle nous conseille de consulter les recensements que Napoléon avait fait établir.
Nous étudions des registres originaux, en parfait état de conservation et écrits en français, nous trouvons le patronyme Pacini plusieurs fois, mais dans les documents de différentes époques, aucune famille ne correspond.

Nous passons alors au plan "b", les archives d'état, place Guidiccioni, dans le palais du même nom.

Quand nous pénétrons dans cette grande et belle bâtisse, nous sommes impressionnés, de hauts plafonds peints avec des poutres décorées, des pièces immenses.
Un homme âgé nous demande ce que nous cherchons et quand je lui dit que nous sommes français il nous fait signe de le suivre.
Nous entrons dans un minuscule ascenseur et débarquons au second étage, il nous conduit dans une salle et nous présente à un monsieur, qui se révélera être le directeur des archives.
Ce monsieur parle parfaitement le français et nous lui expliquons notre démarche. Il prends note et commande les registres des recensements des communes, nous sommes ébahis quand nous voyons arriver ces livres, des livres conséquents, des originaux que nous épluchons.
Il nous faudra plusieurs jours de lecture avant de trouver une famille qui semble correspondre, mais ce n'est pas à Lucca même, c'est à Lammari, une paroisse proche de 5 km.

Suite 1..........

Cette paroisse qui dépend à cette époque de la commune de Marlia, il y a une famille Pacini Gio Nicolao, chef de famille, 37 ans, paysan, son épouse Maria Domenica, 31 ans, paysanne et Giuseppe, 5 ans, Maria Agata, 2 ans. Nous sommes en 1809. SI ce n'est pas celle-là, cela lui ressemble beaucoup.

Nous continuons encore, mais nous nous éloignons un peu trop de la ville, nous décidons d'arrêter les recherches aux archives d'état pour aller étudier les archives épiscopales.

Nous sommes le 13 septembre, jour très important à Lucca, fête de la ville, les rues sont décorée de bougies autours des portes et des fenêtres, sur le parcours de la procession,  les fenêtres, les rebords et corniches des palais et même les campaniles.
Dans la soirée, des équipes allument ces milliers de lumières et quand le jour commence à décliner, l'éclairage publics s'éteint et une ambiance particulière nous étreints.
Ce soir c'est "La Luminara", une procession qui fait traverser au"Volto Santo" toute la cité, la face sainte du christ, tradition séculaire qui survit depuis le moyen âge.
Des milliers de personnes y assistent, les lucquois bien sûr, mais aussi des touristes, un défilé continu de près de trois heures où toutes les associations de la région, les autorités épiscopales et municipales défilent entre l'église de San Frediano et le Duomo (La cathédrale) dans laquelle le cortège se disloque.
C'est féérique, le défilé terminé, la foule se répand dans les rues et traverse la ville à contre-sens pour se rendre sur "La Mura" le rempart, au nord, d'où on assiste à feu d'artifice tiré des rives du Serchio.
Pour celui qui ne connaît pas, cela mérite le détour. Il faut le vivre pour sentir la ferveur religieuse de ces milliers de personnes.

Au cours du défilé de la luminara, je remarquais parmi ces nombreuses association, une en particulier "Lucchesi nel Mondo"qui nous donna une idée.
Le lundi suivant nous nous présentons au siège de cette association, nous sommes reçus par une secrétaire, qui ne parle pas notre langue, mais qui comprend, elle nous demande de patienter et appelle quelqu'un par téléphone. Installés dans le hall nous regardons les documentations en attendant, puis arrive un monsieur d'un certain âge qui se présente en excellent français: le Conseiller Sasso.
Nous lui expliquons notre démarche, mais il ne peut pas grand chose pour nos recherches, cette association s'occupe de maintenir le lien entre le Lucquois qui sont expatriés partout dans le monde. Monsieur Sasso nous rassure et nous dit qu'il peut par contre nous présenter à la Directrice des Archives de l'Archevêché qui est une de ses amies et se propose de nous y conduire. Quelques instants après, nous marchons dans les rues de Lucques, devisant avec lui comme de vieux amis, nous passons par la poste où il dépose du courrier, puis gagnons les archives.
Monsieur Sasso nous conduit à la salle de lecture, nous présente et explique notre démarche à la Directrice qui ne parle pas le français, mais qui appelle une de ses collaboratrices qui le parle très correctement. Monsieur le Conseiller nous laisse entre de bonnes mains, nous demandons les registres de la paroisse de Lammari et retrouvons
la famille que nous avions aux archives d'état, nous trouvons aussi certains actes. Nous sommes bien installés dans cette grande salle du palais épiscopal, elle est "dans son jus", des tables immenses, des fauteuils énormes couverts de velours, des bibliothèques remplies de vieux livres tout autours de la pièce, des tentures aux fenêtres passées par le temps, nous avons l'impression qu'elle n'a pas changé depuis des siècles. Sur les six où huit tables de cette salle, trois seulement sont occupées, une par nous bien sûr, et deux autres par des étudiants.
Au bout de deux jours, une nouvelle idée nous vient, et si nous allions dans la paroisse voir le curé et lui demandions de voir ses registres?, sitôt dit, sitôt fait, comme les archives ne sont ouvertes que le matin, nous allons l'après midi à Lammari (5km) sonner à la porte de Don Giovanni Romani, il est absent, nous essayons de parler avec une femme, qui faisait l'entretien et nous finissons par comprendre que pour le voir, il faut venir le soir après l'office.
C'est ce que nous feront et après lui avoir expliqué ce que nous faisions, je lui remet un billet sur lequel j'avais noté ce que je voulais comme registre, le voyant hocher de la tête j'ai compris que lui aussi avait compris.
Après avoir pris rendez vous pour le lendemain matin, nous repartons pour Viareggio.
Partis de bonne heure, nous arrivons à Lammari, j'allais sonner à la porte de Don Giovanni, il m'ouvrit, me remis les livres demandés et comme je lui demandais où s'installer, il nous fit signe de le suivre. Nous sortîmes sur la place et se dirigeant vers une grande bâtisse, il en ouvrit une porte, c'était une salle avec des tables et des chaises comme une sorte de salle de classe, certainement pour le catéchisme. Installés dans cette salle qui donnait directement sur la place de l'église, où il faisait frais, nous laissons la porte ouverte pour faire entrer la châleur et entamons nos recherches, cette fois pas de doute, nous y sommes.
Le midi, nous refermons la porte et ayant remarqué un petit restaurant juste au bord de la place, nous y allons manger, nous sommes tout de suite remarqués, nous ne parlons que peu l'italien et eux pas le français, mais nous arrivons a nous faire comprendre une fois de plus.

suite 2.....

Après nos campagnes de 2006 et 2008, nous avons remonté le maximum de notre famille, nous continuons régulièrement de nous rendre dans ce pays qui nous est très cher, nous n'avons pas trouvé trace a ce jour de descendants ou de cousins, mais avons une multitude de chaleureux amis.
Notre bonne ville d'Amilly s'est jumelée avec une ville Italienne, et devinez...... en Toscane, a une vingtaine de kilomètres de Lucca, Calcinaia di Pisa, et bien entendu nous adhérons au jumelage, recevons des amis Italiens et avons été reçus chaleureusement par les familles a l'occasion de leurs magnifiques fêtes de village. Et chaque fois que nous allons a Lucca, nous n'oublions pas de leur rendre visite et passer un moment avec eux.